• La langouste de Verdun

    by  • 10 novembre 2018 • Europe, France, Guerre • 0 Comments

    À la veille du centenaire de l’armistice de la guerre de 1914-1918, je me suis plongé dans les archives familiales.

    Je voulais savoir ce qui s’était passé ce 27 mai 1916, date à laquelle mon grand-père Henri Louis Martin a été blessé au Bois de La Caillette près de Verdun.

    Matricule et ouvrage

    À partir de sa date de naissance et de son numéro de matricule, j’ai retrouvé son état de service.

    J’avais aussi en main le livre de Jacques Péricard, un ouvrage de 534 pages que m’avait légué mon grand -père à sa mort en 1969.

    Vous pouvez télécharger en PDF cet ouvrage impressionnant par ses précisions ainsi que la force des témoignages et recoupements.

    Il y avait apporté des annotations sur des lieux ou circonstances qu’il avait vécu.

    24 ème RI

    Il a été incorporé au 24 ème régiment d’infanterie en tant que soldat de 2ème classe en avril 1915 à l’âge de 19 ans.

    Lors de la bataille de Verdun il était monté caporal et  a terminé la guerre avec le grade de sous-lieutenant.

    Le Bois de la Caillette

    Ce qui ressort de mes recherches est que la Bois de La Caillette a été soumis a un intense pilonnage d’artillerie qui a duré du 25 au 31 mai 1916. Il appert que son régiment a été complètement décimé:

    « Dans la nuit du 31 mai au 1 er juin, après 5 jours de bombardement dont la violence ne cesse de s’accroitre, 1200 combattants environ sont morts ou évacués; dans ce charnier, certaines compagnies de comptent plus que 40 combattants disséminés dans quelques trous d’obus plus profonds que les autres, et, à 7 heures du matin il ne reste plus qu’une mitrailleuse en état de tirer

    Source: historique du 24ème RI

    Ses blessures

    Il a été criblé d’éclats d’obus de la tête aux pieds, aucun n’ayant atteint de parties vitales. Les médecins ont enlevé les plus gros en laissant les plus petits. Un éclat lui avait aussi tranché un petit morceau de chair sur la pointe du nez.

    Je me souviens que lorsqu’il était en maillot de bain, on avait l’impression que son corps était couvert de grains de beauté, en fait c’était des éclats d’obus. Il n’aurait jamais pu passer un portillon de sécurité d’aéroport de nos jours.

    Un jour, je devais avoir 9 ou 10 ans, nous étions en train de couper des bûches de bois à la cave.

    La hache a glissé, l’atteignant sur le bas du pouce, le sang s’est mis a coulé, c’était assez bénin. Il s’est baissé pour ramasser un petit morceau de métal tombé par terre et m’a dit: « tu vois mon petit Philippe, ça, ça vient du Bois de La Caillette en mai 1916».

    De retour au combat

    Il est revenu au combat après sa convalescence avec le grade de sergent et a combattu lors de la bataille du Chemin des Dames.

    Son régiment à du être reformé plusieurs fois durant la guerre et il a toujours fait partie des derniers survivants.

    L’aviation

    À partir de novembre 1917, il quitte l’armée de terre pour rejoindre l’école militaire de St-Maixent pour suivre la formation d’aspirant.

    Il obtient le grade d’aspirant et rejoint le 21 ème régiment d’aviation en avril 1918.

    La langouste

    Chaque année, il touchait une prime d’ancien combattant de Verdun.

    Il se rendait dans une poissonnerie à Boulogne- sur-Mer et achetait plusieurs énormes langoustes. S’en suivait un rassemblement de toute la famille pour partager ce festin: on appelait ça « La langouste de Verdun ».

    Quelques chiffres

    32 % des jeunes français qui avaient 20 ans en 1914 sont morts.

    Il est tombé 53 millions d’obus à Verdun.

    Visualisation des datas des soldats tombés au combat par jour 

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